Le connard mouton est un animal à poil haineux


Les écrits qui n'aiment pas les fucktionnaires, les haineministrations, les salauds, les moutons et les cons

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Garde à vue (Partie 1)

Rédigé par Marc Alombre Aucun commentaire
(juste une idée/plan pour un développement romanesque)

Cette nuit ma production musicale a été prolifique. Il est deux heures du mat'. Il est temps de coucher les yeux. Demain y'a école, rendu au taf à neuf heures. Traverser Paname d'est en ouest, de Reuilly à Auteuil. Je bosse dans le culturel. Je suis salarié d'une association qui organise des concerts de musique de chambre et des expositions d'art contemporain. J'assure le relationnel artistes, la comm', les brochures, le mailing. Je suis invité aux vernissages dans des galeries parisiennes et je visite des ateliers.

Trop excité par la création en cours, le sommeil est difficile. On réécoute dans sa tête. On refait le 'film' du déroulement créatif. Il faut dire que nous sommes à la fin des années 80. Outre guitares et basses, pour toute assistante 'mécanique', un ordinateur japonais équipé de la première interface MIDI. Ce dernier est connecté à une machine grand public appelé 'expander', contenant de vraies sonorités numérisées afin de produire les sons des différentes pistes qui ont été programmées : drums, piano, percus, cuivres, cordes, etc. Les moyens du moment ne permettant pas de graver un CD ou d'enregistrer sur DAT, en sortie des compresseurs/expanseurs, on enregistre sur magnéto K7. Hein, quoi, tu ne connais pas les K7 ? Ben, c'est comme un CD/DVD mais en plus petit avec une bande magnétique. Hein quoi, c'est quoi une bande magnétique ? Laisse béton pov' cave !

Pour stopper cette agitation interne et enfin trouver le sommeil, j'enfile une tenue d'Adam et avale un demi Rohypnol. Une vingtaine de minutes plus tard je sombre…

Bruits… tambourinages à la porte… Houla, tếte dans le cul ! Tente de sortir du plumard. Dur ! Plus de bruit. Un mauvais rêve ? Je retourne à l'horizontale me gouiner avec Morphée. Les images affluent. Le batteur est sur le palier tandis qu'allongé je vocifère dans un micro… Le guitariste s'arrête de jouer et couine : il vient de se retourner un ongle. Le batteur repart en solo...

Pan, pan, paaan ! Cette fois, je bondis du plum'. Ce n'est plus un dream. Il y a bien des gens derrière la porte. À poil, j'avance dans le couloir.
— Oui ?
— Police Judiciaire, brigade financière monsieur, nous avons une commission rogatoire, veuillez ouvrir immédiatement…
Encore dans les limbes, à poil je délourde la blindée. Deux types me collent sous le blair une carte POLICE rayée aux couleurs nationales et se présentent : « inspecteur Dujardin » et « inspecteur Durateau ».
— Bonjour messieurs, c'est à quel sujet ?
— Nous avons une commission rogatoire concernant une affaire dans laquelle vous avez été impliqué au milieu des années 80.
— Heu, oui… que puis-je pour vous ?
— Nous allons fouiller votre appartement à la recherche d'informations.
— Faites donc… Si ça ne vous ennuie pas, j'aimerais aller aux toilettes…
— Allez-y mais laissez la porte ouverte !
— Excusez-moi mais je trouve ça gênant...
Sur un ton sans appel, l'inspecteur Dujardin laisse tomber : « On est entre hommes, pas vrai ? Alors pas de problème. Laissez la porte ouverte !

Tandis que je vide les commissions, j'entends les deux gus fouiller. Placards, penderie, bibliothèque… L'un d'eux dit : « y'a rien ici ! ». L'autre a alors une lueur de génie et dit : « attends, faut inspecter la véranda ! » Sur ces belles déductions, je sors du confessionnal toujours à poil et demande si je peux prendre une douche.
— Non monsieur, on n'a pas le temps. Je vous signifie votre garde à vue. Il est 06h45… etc.

Je m'habille rapido. On m'embarque. Pas de menottes. On m'installe confortablement à l'arrière de la berline de fabrication française et direction la Brigade Financière, rue du Château des Rentiers 75013 Paris… une adresse pareille ne s'invente pas pour un tel service de police. Sans le faire exprès, l'Administration a de l'humour. Comme d'habitude, elle fait rire à ses dépends.

Bref, au milieu des années 80, je fréquentais le showbiz. Pas la peine de vous faire un dessin… ou un dessein. Argent facile venu on ne sait d'où, des gens pétés de thunes se faisant appeler par des pseudos, des 'artistes' ayant fait un unique disque mais qui connaissent énormément de monde, des marchands de 'farines' plus ou moins complètes, etc. Lors de mes communications téléphoniques avec certains d'entre eux, nous ne parlions que de disques. Des disques en terme de niveaux de vente. Mais, ne vous y trompez pas. C'est du langage codé. Le nombre de disques correspond au montant des chèques à convertir en fausses factures… Cela n'a strictement rien à voir avec des ventes de disques. Il y avait des clients principalement dans le monde de la confection, du prêt-à-porter. Des chefs d'entreprise au-dessus de tout soupçon. Certains sont asiatiques et d'autres d'ex-Europe de l'Est, d'autres encore sont franco-français. Tout fonctionnait jusqu'au jour où la direction de cette organisation a décidé de faire un 'TT', un 'Toutes Taxes'. Faire un 'TT' dans le jargon, ça veut dire prendre l'argent et ne pas le restituer. Les problèmes commencent lorsqu'un des clients qui s'est fait baiser, porte plainte en avouant aux flics sa tentative de fraude...

C'est le moment de la page culturelle. Pour faire des fausses factures, il faut une entité enregistrée au Registre du Commerce. Pour ce faire, en plus des papiers officiels nécessaires (carte d'identité, etc.), il faut fournir un bail d'activité à une adresse donnée. Le bail peut être un faux en écriture. L'activité déclarée au moment de l'enregistrement sera de préférence choisie en fonction de l'encaissement des chèques. Appelons-la Sarah David Fashion. SDF sera un acronyme facile à retenir lors des communications. Pour le moment, on va faire du bizness avec la 'confec'. La société 'bidon' créée, il n'y a plus qu'à passer à l'action. La préoccupation première est d'ouvrir le plus de comptes possible dans le plus d'agences bancaires possible. Ces dernières vont permettre de sortir du liquide qui sera 'restitué' aux fournisseurs des chèques moyennant commissions. En règle générale, le monde de la fausse facture 'prélève' le montant de la TVA. Ce sera la rémunération des 'voyous'. Certains sont connus, ils s'appellent les services fiscaux et d'autres sont des truands, criminels, etc. Question de point de vue. Ne vous y trompez pas, les lois concernant l'argent liquide sont aisément contournables. L'humain est faillible et a des besoins. Il suffit de graisser la patte d’un responsable d'agence pour qu'il couvre les opérations. Ces négociations se font dans l'ambiance feutrée du bureau d'un quelconque fondé de pouvoir. Lorsqu'ils sont réticents, qu'ils ont flairé l'embrouille, ils le font savoir et vous proposent de fermer le compte et vous lâche sur un ton méprisant : « cette banque n'est pas celle que vous croyez, etc. ». Mais la plupart du temps, il est assez aisé de passer un accord aux alentours de 1 % des flux. Là où tu comprends que le gus est accroché, c'est lorsqu'il te demande : « quelles seraient vos demandes en liquidités ? ». Ben là, tu réponds ce que tu veux. Dans le meilleur des cas, le gus gagne péniblement dans les 6000 francs/mois. Et il fait son calcul… L'activité commerciale du 'facturier' est la même que celle de tout représentant. Le produit à 'vendre' est juste différent. Travailler plus pour gagner plus (rire). Il n'y a pas un chef d'entreprise qui ne souhaite échapper à des taxes, impôts sur le bénéfice, et surtout charges sociales qu'il considère comme étant démesurés ou arbitraires.

Je vide mes poches. Un paquet de Camel, un Zippo, une carte Orange, quelques pièces et billets. Beaucoup d'argent pour le Dujardin qui laisse tomber un « compte tenu de votre salaire, ça fait beaucoup d'espèces ! ». Je ferme ma gueule. On ne discute pas avec un con et moins encore avec un fucktionnaire. Retire lacets et ceinture. Sait-on jamais pour le cas où je déciderais de me pendre dans ma cellule de gardé à vue. Je signe la feuille. Procédure bien vue. On ne sait jamais, un fonctionnaire pourrait me piquer des biens… Mais pour avoir un double : macache !

Du matin jusque vers la fin d'après-midi, je vais faire des allées et venues de la cellule jusqu'au bureau « Durateau-Dujardin ». Ils sont bien installés pour taffer. À mon avis, leur bureau est plus confortable que leur minable salon de villa à crédit en Seine-et-Marne. Bah, nous avons tous des problèmes et des choix de vie. Vidéo-projecteur, fauteuils-club cuir, canapés et bar à roulettes. Nan, je déconne. C'est juste propre et sinistre comme une administration jamais confrontée à un public de base. Armoires gris industriel, dossiers suspendus, dossiers empilés sur les bureaux, certains ouverts en grand et d'autres dont les éléments sont éparpillés, néons au plafond. Une image parmi d'autres de l'Administration. Ça pue le gagne-petit, le tâcheron et le rond-de-cuir comme le disait mon pote Honoré. Last but not least, l’ascenseur est équipé d’un digicode ; le luxe dans la fonction publique. Probablement pour le cas où quelqu’un chercherait à se faire la belle. Dans cette remise de jardin, ces ouvriers vont chercher à obtenir des informations. Un grand classique de la garde à vue. Soit tu fermes ta gueule du début jusqu'à la fin (ce qui peut te valoir une prolongation ou une préventive), soit tu délivres quelques informations sans conséquence qui leur laisse entendre des développements dans leur enquête. Tu leur lâches alors deux ou trois bricoles et ils te recollent au frigo…

Seul dans cet espace de trois mètres carrés et demi aux parois de plexiglass, un keuf en uniforme censé surveiller se cultive, plongé qu'il est dans l'insondable musicalité des écrits de Gérard de Villiers. Payé à rien foutre, sauf à garder à vue. Lorsque tu as envie de pisser, tu frappes au carreau. Faut insister. Le mec tu le déranges dans sa lecture de 'SAS au pays des macaques'. Son regard vide, encore perdu dans la poésie des derniers vers auxquels il ne comprend que des bribes fait flipper. Le temps passe. Ça fait partie de la pression psychologique. Tu gamberges. Tu repasses le film de la matinée. Merde, putain, le petit carnet de double-comptabilité planqué sur la dernière étagère, ils ne l'ont heureusement pas vu ! Détruire cette preuve dès que possible. Merde, les bordereaux de remise de chèques dans la grille d'aération ! À détruire aussi. Ne rien lâcher. Tu n'as pas encore pris de petit déj' et la faim commence à se faire sentir. À vue d'estomac, il doit être vers les 12.30 ou 13 heures. Sans être de qualité, le room service est efficace. Arrive Durateau qui me demande si je souhaite manger quelque chose. « Volontiers, un jambon-gruyère-beurre et un coca. Merci. Prenez donc sur la monnaie déposée dans l'enveloppe. » Ce crétin de fonctionnaire (pléonasme ?) ne peut s'empêcher de balancer : « On ne va pas vous nourrir gratuitement ! ». Quel con ! Il a probablement senti mon trait d'humour. Dans le cas contraire il a le niveau des réparties de sa fonction. Hihihi !

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