Le connard mouton est un animal à poil haineux


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Raymonde va jazzer

Rédigé par Marc Alombre Aucun commentaire
Le lieu incontournable de la région : le "To Lose Bar"...

Tout sourire, Saint Ex entre dans la loge.
 – Raymonde… Raymonde, tu es là ?
Apparemment, Raymonde a dû aller faire une course ou être en train de jacasser avec une autre pipelette du quartier.

La porte s’ouvre délicatement façon Katrina à la Nouvelle-Orléans. Chargée comme un baudet, Raymonde balance tout sur la table de la loge. Cependant, elle porte le plus grand soin à une pochette plastoc qu’elle pose délicatement sur le dessus des courses.
 – Ah ben, salut mon chtit poulet !
 – Bonjour Raymonde. Quoi de neuf ?
Elle sort précautionneusement de sa pochette en plastoc un disque au logo du magasin local « GNACK » qui vend aussi du matériel informatique.
 – Ben, j’étais partie m’acheter un diks. La collègue de l’école maternelle d’à côté m’a dit que le dernier de « Rascal Au Bistro » le saxophonisss est un régal pour les portugaises.
 – Figure-toi Raymonde adorée que ce soir je te sors…
 – Et vise-moi un peu c’te pochette... C’est la classe ! Un studio de graphisss américain de Calife honni, qu’elle m’a dit la collègue Maria-Cesaria.
Saint Ex est dubitatif. Toujours ce problème récurrent de dyslexie. Pauvre Raymonde !
 – Ah ouais, tu m'sors ? Et en quel bonheur s'te plaît ?
 – C’est un heureux concours de circonstances, une coïncidence. Je t’emmène justement ce soir à la boîte de jazz écouter un concert de « Rascal Au Bistro ». Rappelle-toi, cela fait longtemps que je t’en ai parlé…
 – Ah ouais, j’me rappelle… C’était le jour où j’étais en train d’écouter en sourdine à volume 9 le diks de « Véronique Senbon ».
Saint Ex se rappelle de ce jour maudit. Un jour où les vibrations avaient fendu le miroir de sa salle de bain, rendu l’audition à monsieur Robert Mézoui son voisin de palier pourtant sourd comme un pot, et fait hurler à la mort tous les clébards du quartier… surtout lorsque Raymonde avait tenté de reprendre en chœur le refrain.
 – Ça va m'changer de La Pute En Chantier et de Luis Marivaux en train de chanter Mes Chicos, tiens ! Merci mon poulet.
 – Allez hop, prépare-toi, on y va !
 – Dis donc mon chtit poulet, va tout de même falloir que je mette mes plus beaux habits. Les gens du jazze i sont d’la haute, non ?
 – Pas du tout ma Raymonde. Tu te trompes du tout au tout. Ils sont majoritairement sympas et tolérants… mis à part quelques snobinards totalement sourds et "relous", uniquement là pour se montrer ! Fais-moi confiance.

Sur ce, Raymonde enfile perfecto et tiags et monte dans la 4L de Saint Ex.

***

Le « To Lose Bar » est un lieu chaud, intime. C’est une petite salle confortable équipée de poufs, banquettes et fauteuils dans lesquels on s’enfonce agréablement. Quelques places sont déjà occupées. Raymonde et Saint Ex s’installent juste devant la scène.
 – Ah ben mon poulet, y’a pas foule ce soir pour « Rascal Au Bistro ». T’es bien sûr que c’est un truc qui va m'séduire les myosotis ?
 – Ne t’inquiète donc pas, si ça ne te plaît pas nous partirons.

Le concert commence. Le groupe débute par quelques standards : un peu de Bird, Trane, Mingus puis enchaîne avec des compos persos...

***

Raymonde en profite pour piquer un roupillon et se met à ronfler. À ronfler si fort que ça finit par couvrir le solo de contrebasse. Le musicien s’arrête de jouer. Se marrant, d’un index sur ses lèvres, il fait signe au public de ne pas faire de bruit. Il indique au batteur de prendre ses balais et de caler son groove sur la respiration de Raymonde. Le groupe entame alors une ballade toute sirop et miel. Raymonde toujours dans les bras de Morphée sourit béatement en se léchant les lèvres. Elle est probablement en train de faire sa fête à une copieuse garbure ou un cassoulet local arrosé de Madiran…

Tout à coup, les applaudissements fusent. En sursaut Raymonde sort de son rêve. Le contrebassiste lui fait signe de le rejoindre sur scène. N'y comprenant rien et les yeux embrumés, Raymonde le rejoint.
 – Comment t’appelles-tu talentueuse tromboniste des limbes ?
 – Raymonde… Raymonde Point-Barre.
 – Mesdames et messieurs, je vous demande d’applaudir bien fort notre amie Raymonde.
Plié en deux, hilare, le public fait à Raymonde une bruyante standing ovation.

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