Le connard mouton est un animal à poil haineux


Les écrits qui n'aiment pas les fucktionnaires, les haineministrations, les salauds, les moutons et les cons

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Question charité, j' préfère la rude là

Rédigé par Tara Taggle Aucun commentaire

Loge du rez-de-chaussée, mardi 16 octobre 2021, 9h05.

La cocotte de fonte noire, oubliée sur un coin du fourneau, laissait entendre un sympathique gargouillis. Les senteurs aigres-douces filtraient par la fente du couvercle mal ajusté, envahissant la cuisine, évoquant des caresses d’enfance heureuse.

L’ombre jaune et fuyante de la camionnette du facteur zébra un instant la fenêtre. Raymonde sortit de la loge pour relever le courrier du jour fraîchement déposé dans la grosse boîte aux lettres. Elle avait beau coller régulièrement sur l’abattant l’autocollant stop pub, cela ne décourageait en rien les intérimaires successifs, qui s’obstinaient avec un certain acharnement à déverser les dépliants des grandes surfaces et autres flyers publicitaires comme s’il se fut agi d’une manne divine. Le lundi surtout. Sûrement du fait que ce jour-là le courrier était rare. Mais aujourd’hui, pas de pub, juste plusieurs grosses enveloppes nominatives aussi épaisses que des plis électoraux, mais plus jolis, avec des touches de couleur. Dont la sienne, au nom de Mme Raymonde POINT-BARRE.

Médecins sans frontières. Encore un moillien d’inciter à la vaccination avec cette saleté ? Voillions voir. Tiens, un stylo quatre couleurs comme pour l’élection de Giscard, monogrammé Raymonde POINT-BARRE, qui marche plutôt bien, mais dont la qualité très chinetoque ne vaut pas celle de la baronnerie française.

«utilisez ce stylo pour nous aider…» qu’il dit le papier sur lequel il est collé. Un poster plié en huit où ce que tu vois des enfants nègres couleur café, sur des lits d’hôpital, avec des tubes de-ci de-là, un bloc de papier à lettres, deux cartes postales géantes avec enveloppes assorties, des étiquettes d’adresses à coller au verso des enveloppes. S’agit-il d’écrire à ces pauvres petits -y z’ont pas marqué leurs adresses- ? écrire au père noël de leur part ? faut-il y voir une collusion avec La Poste, qui cherche à faire repartir le secteur courrier après une augmentation du timbre assassine -bientôt plus cher que la baguette ? et où est donc passé le raton laveur ?

75 % de déduction d’impôts, c’est tentant. Mais ceux qui sont pas imposables alors, le trésor public les rembourse ? t'as qu'à croire ! En même temps, si on réfléchit bien, ces petits blessés et malades sont les victimes des fabricants d’armes, des grandes entreprises et multinationales soutenus par des politiciens véreux qui pillent sans vergogne les ressources de leurs pays. La décolonisation en marche, quoi. Dès lors, comment expliquer que c'est toujours aux plus pauvres que l'on demande de mettre la main au portefeuille ? Ils n'ont qu’à taper les entreprises du CACa-rente, les pdg des usines d’armement, les généraux de l’armée, les membres du conseil de défense, le président de la ripoublique fromagière, les ministres et les députés, tous plus ou moins coupables et à qui il appartient d’assumer et de réparer. Surtout qu’ils le font sans mon consentement -y a pas eu referendum sur la question que j'sache-, y a pas d’ raison que ce soit moi qui raque pour rattraper leur conneries, quand même ?!

Raymonde se saisit du bloc et du stylo et se met à rédiger deux brèves missives :

« Chers Mesdames, Messieurs, responsables de l’association Médecins sans frontières, merci pour le petit matériel que vous ‘avez envoyé et qui me permet de vous répondre. Vu la situation sanitaire aiguë (l’état d’urgence a tout de même été prolongé jusqu’à l’été 2022) que traverse actuellement notre pays, je ne saurais trop que vous conseiller de rester à la maison et de déployer votre énergie et vos compétences dans les hôpitaux d’ici, qui en ont un cruel besoin, le personnel se raréfiant au même rythme que les ours blancs sur la banquise Arctique. En ce qui concerne les questions pécuniaires, sachant que seuls 15 % au mieux des dons parviennent effectivement à leur destinataire, soit vous supprimez toute la chaîne de parasites qui profitent des campagnes d’appels aux dons, soit vous arrêtez de dépenser vos ressources en matériel publicitaire, vous limitant à taper uniquement ceux qui en ont le devoir (voir plus haut) et les moyens. Charité bien ordonnée commence par soi-même ! Les sans-dents n’étant plus en mesure de répondre à vos attentes et étant de surcroit notoirement illettrés, tout ce matériel d’écriture que vous leur adressez pour quémander leurs dons, l’est en pure perte. Sans compter qu’il représente une pollution supplémentaire pour la planète : le stylo, en plastique, n’est pas comestible, pas compostable et pas recyclable ; le papier utilisé pour l’impression de la lettre, du bloc, du poster, et des étiquettes ne l’est pas davantage. Pensez-y. En toute solidarité, »

« Cher Pepère Nono, ce petit mot de ta Raymonde pour te recommander ces petits loupiots (voir photos ci jointes) ; prends-en bien soin. Merci. Fais gaffe que cette année les pneus(patins)-neige sont obligatoires de début novembre à fin mars. Je te laisse les biscuits et le sky à l’endroit habituel. Grosses papouilles baveuses. R. »

Raymonde Présidente !

Rédigé par Tara Taggle Aucun commentaire

Loge du rez-de-chaussée, vendredi 12 octobre 2021 – 17h

- ma poule, fais-toi belle, ce soir je t’emmène au resto.

- qu’esse te que tu vas encore me d’ mander mon chtit poulet ? Corruption de concierge, ça va chercher loin, tu sais, genre deux baffes minimum.

- pffut ! Susceptible la pipelette ! Mais non, c’est juste histoire de t’arracher à tes fourneaux, ma poule, et de te permettre de respirer un peu. T’as une préférence ?

Sans con texte, je préférerais un où on a le droit de s’asseoir à table sans devoir s’ fout’ la tête sous l’ casque à cheveux en plexiglas transparent. À part ça, grec, italien ou gastéropode (gastronomique ?). Faut qu’ j’ m’ habille en habillé ?

- comme tu le sens ma poule.

- avec des plumes dans l’ cul, p’ t’être ? T’ fous pas d’ ma gueule j’ te prille. Je t’attendrai à la porte du garage (Raymonde chante sur l’air approximatif du même tube)… sur le coup des 19h30. Là j’ dois z’ aller au marché.

Saint-Ex se connecte. Le site internet du restaurant ne fait aucune référence à d’éventuelles restrictions d’accès. Ça devrait être bon. Il confirme sa réservation pour deux personnes ‘chez Antonio’ vers 20 h.

« Bonsoir, Madame, Monsieur, pourriez-vous, s’il vous plaît, me présenter votre pass sanitaire ? »

- et pis quoi z’ encore, z’ êtes médecin p’ t’être ? Vous voulez aussi voir le compte-rendu de ma dernière coloscopie ? ou savoir la couleur de mon string, tant qu’à faire ? Ou poulet alors ? ‘y a qu’ les poulets pour faire chier l ’marin à ç’ point… faudrait arrêter d’ fumer du LBD (CBD ? ), que de toute façon, comme le PCR, ça se prend par le nez... et tant qu'à faire de boire du coke.

Viens mon chtit poulet on va s’ trouver un restaurant danois, y sont intelligents eux au moins, y ont laissé tomber c’ te connerie de pass. Et pis le poulet à la Carslberg ça tient mieux au corps que les spaghettis au pesto. Et puis y a toujours le camion à pizza, qu’on peut emporter à la maison (et qu’on peut réchauffer au four).

Il ressortent du sas sanitaire et regagnent la 4L pourrie de St Ex, garée à cheval sur le trottoir d’en face.

- figure-toi que les zélus, on leur demande rien à eux, « ouehh, c’ t’ une réunion politique, et la loi dit que pour les réunions politiques, même dans les restos, le pass on s’en passe et le masque aussi.

- qu’esse tu penses de parti des sans-dents, le p’tit parti qui monte ? que je dépose les statuts en préfecture demain matin. Ah, y font chier, eh ben ça va pas durer, foi de Raymonde !

Et s’il faut vraiment, j’irai jusqu’à me présenter à la présidentielle. On a encore le temps au moins ?

Ne pas confondre seringa et seringue A, ni coronarus et coronavirus

Rédigé par Tara Taggle Aucun commentaire

Le climat était complètement détraqué, fallait le reconnaître. La touffeur de cette fin septembre était du jamais vu. À près de 17h, à travers la fenêtre grande ouverte de sa loge du rez-de-chaussée, maintenant que l’air devenait enfin respirable, Raymonde aspirait avec volupté le parfum capiteux du seringa qui, à l’abri de la courette, offrait au soleil couchant son abondante seconde floraison de l’année.

Cela faisait plusieurs mois maintenant qu’elle n’écoutait plus la radio, sauf quand ils se mettaient en grève : alors on entendait de la musique à longueur de journée ; ça changeait des pseudo débats de pseudo spécialistes médiatiquement autoproclamés et des sempiternels communiqués san’Hitler. Qu’ils arrêtent donc de nous gonfler. Elle avait fait la guerre (bon, à l’époque, elle n’était encore qu’une toute petite morveuse, il n’empêche) au nom de la liberté, pas pour se retrouver soixante-dix ans plus tard au même point de départ. Et cette liberté, elle l’avait arrachée avec les dents, l’ex-petite pensionnaire de l’école Sainte Marie de la Consolation. Le droit de vote des femmes, le droit à un compte-courant personnel, le droit à la contraception et à l’avortement. Le droit de penser ce qu’elle voulait comme elle voulait, le droit de circuler librement. Bien avant l’Union Européenne (ex communauté économique européenne), où seules les marchandises ont le droit de circuler librement. Et encore… Depuis la mi-mars 2019, les confinements assignations à résidence se sont succédé, l’ausweiss a refait son apparition, le port du masque de la muselière rendu obligatoire ; ne manquent plus que les tickets de rationnement, mais on y vient. Ce coup-ci, l’ennemi suprême, c’est un virus. C’est hyper dangereux les virus, à cause qu’on ne les voit pas -pas de casque à pointe ni de croix gammée, un peu comme la radioactivité, quoi. Si elle devait donner son avis, Raymonde dirait que le problème vient bien plus de la concentration humaine dans les villes que des virus, un peu comme dans les élevages de poulets avec la grippe aviaire. Donc, qu’il vaut mieux vivre à la campagne, se laver (les mains et le reste) et manger corrèque que de se faire hydro-alcooliser et piquouzer ! Mais qui l’invitera jamais à s’exprimer à un micro ?

― On peut discuter de tout mais pas des chiffres ? Près de 5 000 000 de morts de cette saloperie de virus ? Sur 7 800 000 000, faut pas être sorti de Polytechnique pour se rendre compte que ça fait 0,00064.

Comparés aux 9 125 000 personnes qui meurent de faim chaque année dans le monde et comparés aux près de 160 millions de personnes dans le monde souffrant de maladies liées au travail, et au nombre d'accidents, à l'issue fatale ou non, estimé à 270 millions de par an ? Ils en pensent quoi ? Vite un vaccin contre la faim et un autre contre le travail, bande de nazes. Et pour cela hélas, pas d’urgence sanitaire, depuis le temps, ça se saurait.

Raymonde était hors d’elle, un peu d’écume se formait à la commissure de ses lèvres. St Ex, entré sans bruit, avait assisté abasourdi à cette harangue que la pipelette adressait au vieux poste à transistors muet comme une carpe.

― Et inutile de continuer à ma faire chier avec ça cause que moi, ce s’ra non. Et non, et non ! Elle se retourna et le vit.

― et toi, mon chtit poulet, si c’était que tu te fais vacciner avec leur saloperie d’injection en phase de test, t’auras qu’à partir ailleurs pendant un ou deux mois, que j’ai pas envie que tu me contamines avec tes nouveaux avariés personnels, noms grecs ou pas, et y faudra te faire tester avant d’rev’nir, si tu meurs pas avant.

Si tu refuse la piquouze, eh ben dans le cas que tu tombereau malade, j’ te soignerais bien avec des huîtres, de l’hiver-humectine et un bon verre de sky. Ou un grog bien tassé. Rien ne résiste au grog de Raymonde !

Elle n’attendit pas sa réponse et s’élança d’un pas majestueux vers le cellier.

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